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L’analyse des résultats des élections européennes ne fait que commencer. Mais il faut prendre la juste mesure de l’état dans lequel se trouve la démocratie européenne et faire preuve d’audace pour répondre politiquement au cocktail explosif de ressentiments divers qui se sont exprimés.

Le progrès de la droite radicale et populiste qui avait été annoncé a été largement confirmé. Le mélange détonant de la montée de l’insécurité sociale et culturelle, du pessimisme lié au déclin économique, de la colère suscitée par la montée des inégalités, de la pauvreté et du chômage, a alimenté un rejet des grands partis traditionnels dont ni la gauche radicale, ni les écologistes n’ont su réellement profiter, malgré un résultat d’ensemble plutôt encourageant pour les Verts.

Les populistes semblent recueillir la protestation de ceux qui jugent que les politiques ne sont plus en mesure de leur donner de vraies perspectives d’avenir. Le drame, c’est qu’ils se tournent vers ceux qui sont le moins susceptibles de réellement répondre à leur colère et à leurs peurs.

Nous n’avons pas fini de comprendre et d’analyser les causes de la montée des populismes. Mais dans le cadre européen, il faut d’abord souligner l’impact dévastateur que le néo-libéralisme, le principe de la concurrence de tous avec tous, a eu non seulement sur le projet européen mais aussi sur la démocratie européenne.

Ceux qui votent pour les partis anti-européens pensent que l’Europe ne peut pas leur donner le bien-être et la sécurité. Pour eux, l’état providence est d’abord un état-nation. La nation est, pensent-t-ils, la seule communauté susceptible de les rassurer durablement. Le repli sur l’identité nationale est dangereux, mais qu’est-ce que l’Europe et ses défenseurs font réellement pour répondre aux angoisses engendrées par la globalisation, la crise économique et les politiques néolibérales?

Sommes-nous décidés à combattre leur emprise sur les politiques européennes, et pour cela sommes-nous réellement décidés à penser l’état providence dans un sens européen ? Et sommes-nous aussi prêts à le réinventer dans le sens de la soutenabilité ? Si nous ne posons pas ces questions, et si nous ne sommes pas en mesure d’y répondre concrètement, toutes les réformes démocratiques sur le fonctionnement de l’Union ou sur un renforcement de la démocratie « bottom-up », ne  serviront sans doute qu’á aggraver les angoisses et renforcer les nouvelles formes de nationalisme.

La question qui se pose dès lors est de savoir s’il y aura des majorités politiques démocratiques au Parlement européen qui seront capables de prendre des initiatives audacieuses et réellement novatrices. L’observation des dernières années ne nous incite pas à l’optimisme.

Si les Verts veulent jouer un rôle important sur ce plan, ils doivent aussi être en mesure de rassembler bien au-delà de leurs partis, tous ceux qui veulent une Europe plus écologique et plus démocratique.  Car les Verts ne sont pas seuls à penser que trop de pragmatisme, trop de real-politik et surtout trop de real-politik sans vision européenne, sans audace et sans leadership étouffent lentement et sûrement la démocratie. S’il est une conclusion à tirer de l’aire des Barroso et des Van Rompuy, c’est celle-là. Le temps est venu d’oser les débats et les conflits sur différentes visions de l’avenir des Européens. Cela implique plus que jamais de ne pas cantonner ces débats à la sphère bruxelloise, aux spécialistes de la « chose européenne ». Le débat sur l’Europe nous devons encore beaucoup plus l’importer dans chacune de nos sphères nationales. Mais nous n’y parviendrons que si nous construisons une Europe qui défend un intérêt commun européen, qui défend la solidarité entre tous, et qui prend le risque de l’innovation démocratique qui donne la possibilité à chacun de s’exprimer et d’agir sur l’avenir commun.

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