Jusqu’à récemment, rares étaient ceux quiconsidéraient l’écrivain autrichien Stefan Zweig (1881-1942) comme une voix importante dans l’engagement politique. Son œuvre, écrite dans un contexte de guerre imminente et de montée du fascisme, relate le sentiment familier de voir le monde sombrer dans le chaos et de se sentir impuissant. Cependant, derrière ces observations se cache une perspective nuancée sur la réponse intellectuelle à l’effondrement systémique, qui offre des perspectives inattendues à ceux qui sont confrontés à des défis similaires aujourd’hui.
« Il y a moins de sommeil aujourd’hui dans le monde, les nuits sont plus longues et les jours aussi ».1 Écrites par Stefan Zweig en 1914, ces paroles n’ont rien perdu de leur pertinence. Né à Vienne, capitale de l’Autriche-Hongrie multi-ethnique, dans une famille juive cultivée, Stefan Zweig, l’un des écrivains les plus traduits des années 1920 et 1930, était convaincu de l’importance d’une Europe unie, des échanges culturels, de la libre circulation, du respect et de la tolérance. Son désespoir face à la montée du nationalisme en Europe et ses craintes pour sa propre sécurité l’ont conduit à quitter l’Autriche en 1934 pour s’installer au Royaume-Uni, puis aux États-Unis et enfin au Brésil, avant de se suicider huit ans plus tard.
Outre ses œuvres de fiction, Stefan Zweig est surtout connu pour ses biographies historiques, notamment celle consacrée au penseur humaniste et théologien du XVIe siècle Érasme de Rotterdam (1466-1536). Bien qu’il soit aujourd’hui moins célèbre que le programme de bourses de l’UE qui porte son nom (Erasmus),2 Érasme a mené une vie remarquable, que Zweig a racontée dans un texte qu’il a achevé en 1934 alors qu’il vivait dans sa « Villa in Europa » à Salzbourg.
Ce n’est pas un hasard si Stefan Zweig s’est intéressé à la vie d’Érasme pour trouver des réponses à ses questions. Tous deux étaient de fervents partisans d’une Europe unie à une époque marquée par de profondes divisions et violences (dues respectivement aux deux guerres mondiales et aux débuts de la Réforme protestante) et s’efforçaient de préserver la dignité humaine et de trouver une « voie médiane », s’attirant ainsi le mépris des deux camps opposés. Et tous deux ont vécu à une époque où la production, le partage et l’autorisation des connaissances qui constituaient le fondement de leur œuvre étaient menacés.
Les parallèles avec le monde actuel sont indéniables. Dans le monde universitaire, le paysage actuel présente une convergence de défis sans précédent, alors que les établissements d’enseignement supérieur du monde entier naviguent dans un environnement complexe marqué par l’instabilité économique, l’escalade des tensions géopolitiques et les paradigmes politiques contradictoires posés par des cadres
néolibéraux et illibéraux qui se chevauchent souvent.3 Cette crise multidimensionnelle pourrait être qualifiée à juste titre de « tempête
parfaite » pour le monde universitaire : un moment historique critique où convergent de multiples menaces existentielles, remettant fondamentalement en question les fondements établis de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
Dans ce contexte turbulent, les principes fondamentaux qui ont traditionnellement ancré les institutions universitaires font l’objet d’une contestation croissante, tandis que les méthodologies scientifiques et les approches pédagogiques établies font l’objet d’un examen minutieux. Dans le même temps, la confiance du public dans la valeur intrinsèque de l’enseignement supérieur continue de décliner rapidement, accompagnée d’une érosion persistante de la crédibilité des institutions, qui sape davantage encore la position sociale et la pertinence perçue du monde universitaire.
En cette période difficile, la discipline des études de genre est devenue une cible évidente. Les programmes d’études sur le genre et les études féminines ont été supprimés dans plusieurs pays, dont les États-Unis, tandis qu’en Hongrie, les études sur le genre ont été retirées de la liste des programmes d’études accrédités sans explication en 2018.4 Les attaques contre ce domaine d’étude interdisciplinaire5 sont devenues un outil rhétorique central des efforts illibéraux visant à déterminer ce que la « science » devrait signifier pour un public plus large, créant ainsi un nouveau consensus sur ce qui doit être considéré comme normalisé, légitime et scientifique.
« Idéologie du genre »
Il n’est pas surprenant que les forces illibérales se soient concentrées sur les études de genre dans le cadre de leurs efforts plus larges visant à contrôler la création et la diffusion des connaissances. Le genre en tant que catégorie occupe une place symbolique importante dans le
discours contre-hégémonique avancé par ces mouvements. L’opposition à une « idéologie du genre » construite fonctionne comme un mécanisme de rejet de multiples aspects de l’ordre socio-économique contemporain, englobant la politique identitaire et le cadre des droits humains. Ce dernier devient un « signifiant vide » utilisé exclusivement à des fins politiques. Cette stratégie rhétorique présuppose l’existence d’un « agenda de genre » monolithique et uniforme, qui est présenté comme à la fois puissant et menaçant.
Cela ne représente toutefois qu’une dimension des processus discursifs complexes à l’œuvre. Le déploiement stratégique du genre comme « ciment symbolique » par l’illibéralisme est tout aussi significatif. Il s’agit d’une construction métaphorique qui exploite les inquiétudes collectives liées à la transformation de la société et redirige l’attention du public vers des questions sociales spécifiques.6
En cette période difficile, la discipline des études de genre est devenue une cible évidente.
Dans les États illibéraux, le genre a été systématiquement utilisé comme « ciment symbolique » à travers une stratégie discursive en deux phases : dans un premier temps, diverses questions controversées ont été regroupées sous la classification générique d’« agenda progressiste ». Par la suite, en s’appuyant sur une perception délibérément construite du genre comme étant intrinsèquement menaçant, la notion d’« idéologie du genre » a été introduite pour désigner une prétendue menace pour la stabilité sociale.
Cela illustre parfaitement comment le langage peut être utilisé au service d’objectifs politiques. En présentant le genre comme une menace fondamentale, les partisans de cette idée cherchent à manipuler l’opinion publique, favorisant ainsi un climat de peur et d’incompréhension autour des questions d’identité de genre et d’égalité.
Prenons par exemple le discours politique autour de l’éducation au genre à l’école. Les partisans du mouvement anti-genre affirment souvent que les programmes scolaires inclusifs, qui visent à sensibiliser les jeunes à la diversité des identités et des expressions de genre, sapent les valeurs familiales traditionnelles et constituent un danger pour le développement moral des enfants. Ce discours postule que le fait d’accepter et de reconnaître la diversité des identités de genre constitue une imposition radicale des normes sociales. Cette évolution peut être interprétée comme un échec de la représentation démocratique. Cela implique que le processus démocratique, qui, dans l’idéal, tient compte de la diversité des points de vue et favorise le dialogue, a en quelque sorte échoué en négligeant les voix de ceux qui défendent les normes traditionnelles en matière de genre.
Genre et démocratie
En réalité, c’est le mouvement anti-genre, qui a gagné du terrain dans diverses régions du globe, qui remet profondément en cause les principes de la gouvernance démocratique. Au sens large, ce mouvement s’oppose à la reconnaissance et à la promotion de l’égalité des genres et des droits des genres et des sexualités marginalisés, sapant ainsi les fondements mêmes sur lesquels reposent les démocraties libérales : les principes d’égalité, d’inclusion et de respect des droits individuels.
Au fond, le mouvement anti-genre prône une idéologie régressive qui cherche à renforcer les normes et les hiérarchies traditionnelles entre les sexes. En prônant une interprétation restrictive du genre, souvent liée au déterminisme binaire et biologique, ce mouvement menace de démanteler les acquis progressistes des sociétés démocratiques en matière de droits humains et de justice sociale. Une telle position nie non seulement les expériences vécues et les identités des personnes qui ne se conforment pas aux rôles traditionnels attribués à chaque sexe, mais favorise également un climat d’intolérance et de discrimination où les droits des groupes marginalisés sont banalisés ou activement combattus.
De plus, les tactiques du mouvement anti-genre consistent souvent à mobiliser la désinformation et la peur, créant ainsi un climat dans lequel les droits individuels s’opposent les uns aux autres. Cette rhétorique antagoniste peut conduire à des mesures législatives visant à réduire les protections et les droits inscrits dans la loi et les normes sociales, érodant ainsi les principes d’égalité devant la loi et de non-discrimination qui sont essentiels au bon fonctionnement de la démocratie. De cette manière, le mouvement remet en cause certaines politiques spécifiques
et cherche à délégitimer les processus de délibération démocratique qui permettent à des voix diverses de se faire entendre.
De plus, le mouvement anti-genre collabore souvent avec des idéologies populistes et d’extrême droite, qui peuvent exploiter les insécurités économiques et sociales pour gagner en pouvoir politique. En présentant leur programme comme une défense des « valeurs traditionnelles », ils cultivent un discours qui présente ceux qui défendent les droits liés au genre comme une menace pour la cohésion sociale plutôt que comme des citoyens méritant d’être reconnus, et discréditent leurs efforts. Cette tactique polarise davantage l’opinion publique et étouffe le dialogue constructif, rendant de plus en plus difficile la recherche d’un consensus sur des principes démocratiques qui tiennent compte de la diversité.
Enfin, en s’opposant à la prise en compte de la diversité des identités de genre et en sapant les droits des groupes marginalisés, le mouvement anti-genre cherche à imposer une vision monolithique de la société qui est contraire au pluralisme démocratique. Pour préserver la démocratie, les sociétés doivent reconnaître et contrer les idéologies qui sous-tendent ce mouvement, en réaffirmant leur engagement en faveur de l’égalité, des droits humains et de la dignité de tous les individus, qui sont des éléments fondamentaux du tissu démocratique. La lutte contre le mouvement anti-genre n’est pas seulement un combat sur la politique de genre ; c’est une lutte vitale pour l’âme même de la démocratie.
La lutte contre le mouvement anti-genre c’est une lutte vitale pour l’âme même de la démocratie.
La volonté de résister
Depuis plus d’une décennie, les universitaires spécialisés dans les études de genre en Europe et ailleurs se sentent impuissants face à la transformation mondiale de l’enseignement supérieur et à l’avancée agressive des forces antilibérales7, qui se manifeste par le retrait
sans explication de programmes accrédités, le harcèlement et les menaces dont sont victimes les praticiens des études de genre, le licenciement des universitaires protestataires8 et même l’exil forcé de l’université la plus prestigieuse d’un pays (l’Université d’Europe centrale
(CEU) en Hongrie) à l’issue d’une longue bataille juridique et malgré les protestations généralisées.9
Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que le sentiment d’un ennemi tout-puissant assombrit nos nuits, nos rêves et nos interactions quotidiennes. Lorsqu’ils ont été menacés dans des circonstances similaires, Érasme10 et Zweig ont tous deux été en mesure de changer de lieu de résidence. Mais aujourd’hui, la liberté de circulation est un privilège dont peu de gens jouissent. Si les universitaires et les institutions de renom telles que la CEU peuvent quitter les pays dans lesquels l’antilibéralisme a pris le dessus, d’autres n’en ont pas la possibilité et doivent supporter les conséquences quotidiennes de la vie et du travail sous un régime autoritaire. Que peuvent-ils donc faire lorsqu’il semble ne plus rien avoir à faire ?
Pour Zweig, des personnalités telles qu’Érasme incarnaient une vision tournée vers l’avenir qui transcendait les revers contemporains, malgré leurs échecs apparents au cours de leur vie.11 C’est notamment ce concept de « vainqueur dans la défaite »12 qui fournit un cadre profond pour comprendre la résilience dans les moments difficiles. Tout au long de ses œuvres, Zweig suggère que ce qui donne aux peuples et aux nations leur « véritable et sacrée mesure », ce qui constitue le véritable héroïsme, ce ne sont pas les succès immédiats représentés par « les Alexandre, les Napoléon, les Attila », mais plutôt leur quête d’idéaux plus ambitieux grâce à un dévouement discret et persévérant, en particulier lorsque l’espoir d’un changement positif est rare. La véritable victoire réside dans l’avancement des connaissances et de la compréhension des êtres humains.13
Alors que nous nous retrouvons à nouveau dans un « monde sans sommeil », à regarder les informations tard dans la nuit, à nous sentir impuissants et à ne trouver que des héros et des héroïnes disparus, cette croyance en la puissance durable de l’espoir et des idéaux et le refus de la confrontation ouverte, même dans les moments difficiles, est profondément libératrice. Mais quelle forme prendrait une telle réponse dans le contexte des défis fondamentaux auxquels sont confrontés le monde universitaire et les praticiens des études de genre en particulier ?
Alors que les forces illibérales s’emparent des institutions14, une résistance se met en place au sein de réseaux invisibles et peut surgir d’endroits inattendus, conformément aux idées de Zweig.15 Les établissements publics d’enseignement supérieur et les organisations professionnelles qui sont encore en activité peuvent jouer un rôle-clé à cet égard.16 Il est nécessaire d’adopter une approche qui renforce ces communautés professionnelles sur place afin de protéger les idées et de servir de base à la résistance. Les intellectuels d’aujourd’hui peuvent créer des structures résilientes qui résistent aux forces polarisantes en rejoignant ces organisations et en construisant des réseaux basés sur des principes éthiques communs plutôt que sur des affinités personnelles. L’approche de « vainqueur dans la défaite » exige également une intelligence émotionnelle sous pression, notamment la capacité à reconnaître que certains collègues peuvent avoir des priorités différentes ou manquer d’énergie pour résister. Maintenir la communication avec ces alliés potentiels sans les aliéner permet de conserver des possibilités de collaboration future.
Zweig suggère que le véritable héroïsme c’est la quête d’idéaux plus ambitieux grâce à un dévouement discret et persévérant.
De plus, les membres du domaine des études sur le genre ont appris qu’il est essentiel de s’engager de manière stratégique dans le débat public.17 La décision prise par des millions de personnes de quitter certaines plateformes de réseaux sociaux par conviction politique, aussi bien intentionnée soit-elle, les prive d’un lieu où exprimer leurs opinions et leur impose la tâche peu enviable d’identifier et de choisir entre des alternatives qui fonctionnent à peine. Elle laisse également ces plateformes ouvertes aux forces illibérales.
Dans un monde hautement médiatisé dans lequel la couverture médiatique d’un évènement est plus importante que l’évènement en lui-même, les compétences médiatiques sont essentielles. La communication accessible, en particulier, est un outil puissant contre l’illibéralisme. Les mouvements illibéraux réussissent souvent en utilisant un langage populiste et largement compréhensible. À l’inverse, le jargon technique et la terminologie anglaise utilisés par les universitaires peuvent créer des barrières. Le fait d’expliquer des concepts complexes en termes simples
peut aider à toucher un public plus large. En outre, plutôt que de participer à des débats présentés comme « pour ou contre » les droits fondamentaux, les experts devraient recentrer les discussions sur des problèmes spécifiques pouvant être traités par la recherche.
Les tactiques pratiques consistent notamment à entretenir des relations avec les influenceurs des réseaux sociaux, à tirer parti des organisations et des ressources existantes, à invoquer les cadres établis en matière de droits humains et à reconnaître que les conflits, lorsqu’ils sont gérés de manière stratégique, peuvent créer des opportunités politiques.
La volonté personnelle de résister compte également.18 Il est essentiel de se préparer au pire, d’établir des protocoles de sécurité
pour l’engagement sur les réseaux sociaux, de répondre fermement aux menaces, de choisir stratégiquement ses combats et de reconnaître quand le silence devient une forme de résistance qui prive les systèmes illibéraux de leurs cibles préférées.
La vision de Zweig nous rappelle que même dans une défaite apparente, un engagement persistant en faveur de la dignité humaine et des valeurs démocratiques recèle un potentiel de transformation. Comme celui-ci l’avait compris, parfois, la victoire la plus profonde consiste simplement à refuser d’abandonner ses principes face à l’oppression.
This translation was commissioned thanks to the support of the Heinrich-Böll-Stiftung.
- « Es ist weniger Schlaf jetzt in der Welt, länger die Nächte und länger die Tage ». De Stefan Zweig (1914). “Die schlaflose Welt”. Neue Freie Presse. Disponible à l’adresse : https://zentraleuropa.univie.ac.at/text/dieschlaflose-welt/. ↩︎
- Aujourd’hui, cet érudit humaniste donne son nom au programme d’échange international pour étudiants universitaires le plus prisé de l’Union
européenne. En Hongrie, le programme Erasmus est devenu le seul outil efficace dont dispose l’UE pour lutter contre la mainmise du gouvernement illibéral sur l’enseignement supérieur public et la violation de l’autonomie institutionnelle dans certaines universités. Exclure les étudiants hongrois de ce prestigieux programme d’échange était l’une des rares contre-mesures efficaces, démontrant ainsi comment l’interconnexion éducative et culturelle peut créer une résistance significative au contrôle autoritaire des institutions académiques. ↩︎ - Rebecka Lettevall, Annika Olsson et Andrea Petö (2024). “Universities risk becoming tinned food with an expiry date”. University World News. 27 novembre 2024. Disponible à l’adresse : https://www.universityworldnews.com/post.php?story=20241126095723241. ↩︎
- Anna Zsubori (2018). “Gender studies banned at university – the Hungarian government’s latest attack on equality”. The Conversation. 9 octobre
Disponible à l’adresse : https://shorturl.at/pXCBI. ↩︎ - Weronika Grzebalska (2016). “Why the war on “gender ideology” matters – and not just to feminists”. Visegrad Insight. 7 mars 2016. Disponible à
l’adresse : https://visegradinsight.eu/why-the-war-on-gender-ideology-matters-and-not-just-to-feminists/. ↩︎ - Weronika Grzebalska, Eszter Kováts et Andrea Pető (2017). “Gender as symbolic glue: how ‘gender’ became an umbrella term for the rejection of the (neo) liberal order”. Krytyka Polityczna & European Alternatives. 13 janvier 2017. Disponible à l’adresse https://shorturl.at/ydWoR. ↩︎
- Caractérisée par le discours « Fight, fight, fight » (Combattez, combattez, combattez) prononcé par Steve Bannon lors de la Conférence d’action
politique conservatrice américaine (CPAC) en février 2025, après lequel celui-ci a fait un salut nazi. Disponible à l’adresse :
https://www.youtube.com/watch?v=YB68R7rIG3c. ↩︎ - En Turquie, des universitaires ont résisté à la mise en œuvre d’une nouvelle loi sur l’enseignement supérieur par le régime autoritaire, au risque d’être emprisonnés. À l’université Boğaziçi, chaque jour de la semaine, les membres du corps enseignant, vêtus de leurs toges universitaires, se tenaient debout pendant une demi-heure, dos au bureau du recteur nommé par Erdoğan ; ils organisaient également des « veillées démocratiques » pour sauver leurs collègues. La réaction prévisible de la direction a été de licencier les manifestants dans le cadre d’une réorganisation descendante. Voir Tuğçe Yılmaz (2024). “Boğaziçi University resistance left three years behind: ‘We are standing up for an ideal’”. Bianet English. 5 janvier 2024. Disponible à l’adresse : https://shorturl.at/Z1g3b. ↩︎
- Les prises de pouvoir illibérales s’opèrent souvent par le biais d’une « contre-révolution légale », comme cela s’est produit pendant la République de Weimar en Allemagne. À ce titre, les professionnels du droit sont des alliés essentiels qui comprennent à la fois les aspects techniques et les enjeux liés à la crédibilité professionnelle. Néanmoins, comme le montre le cas de la CEU, qui dispose d’ailleurs d’une excellente faculté de droit et des ressources nécessaires pour acquérir des compétences supplémentaires, les batailles juridiques ne suffisent pas à elles seules en tant que forme de résistance. ↩︎
- Originaire des Pays-Bas, Érasme a beaucoup voyagé en Europe occidentale pour diverses raisons, notamment pour fuir les persécutions. ↩︎
- Selon une interview accordée par Zweig en 1935, « Érasme, dans la vie publique, a échoué dans toutes les crises ». Henry W. Levy (1935). “Stefan
Zweig Tells Plan for Review, Says Folks Don’t Trust Intellectuals”. Jewish Daily Bulletin. 31 janvier 1935. Disponible à l’adresse : https://bit.ly/4iLSaFz. ↩︎ - tephan Resch (2022). “The vanquished Heroes of Europe – Stefan Zweig’s Poetics of Defeat in The World of Yesterday”. Oxford German Studies, vol. 51(2). Disponible à l’adresse https://doi.org/10.1080/00787191.2022.2095801. ↩︎
- Stefan Zweig (1939). “Die Geschichtsschreibung von morgen”, Stefan Zweig (1990). Die schlaflose Welt. Aufsätze und Vorträge aus den Jahren 1909-1941. Frankfurt am Main : S. Fischer Verlag. ↩︎
- Weronika Grzebalska (2016). “Why the war on “gender ideology” matters – and not just to feminists”. Visegrad Insight. 7 mars 2016. Disponible à l’adresse : https://visegradinsight.eu/why-the-war-on-gender-ideology-matters-and-not-just-to-feminists/. ↩︎
- On en trouve un exemple dans la création de l’Université d’Europe centrale, inspirée par des universitaires dissidents d’Europe centrale communiste qui ne connaissaient leurs travaux respectifs que par le biais de réseaux informels (la communication et l’accès à la production de connaissances étant contrôlés par l’État). Leur volonté de fonder une université inspirée du modèle des « universités volantes », des espaces alternatifs de production de connaissances échappant au contrôle du système universitaire public, a été déterminante dans le succès initial de la création, en 1991, de cette institution dynamique et innovante ↩︎
- Jo-Anne Dillabough et Andrea Pető (2024). “New deceptions: How illiberalism is hijacking the university”. University World News. 4 mai 2024. Disponible à l’adresse : https://www.universityworldnews.com/post.php?story=20240501143215958. ↩︎
- Andrea Pető (2023). “Four reasons why Gender Studies has changed because of illiberal attacks, and why it matters”. Berliner Blätter, Vol. 88. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.18452/27986. ↩︎
- Andrea Pető (2023). “What is to be done when nothing is to be done?”. Eurozine. 10 octobre 2023. Disponible à l’adresse : What is to be done when nothing is to be done? | Eurozine>. ↩︎
